Archives de la catégorie : Journal de bord

28 janvier 2014 – Le jour des abysses

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Nous sommes en station au-dessus du site TAG.
Vents : Force 6
État de la mer : agitée 

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VICTOR a passé la nuit sous l’eau sans encombre, et son problème de strabisme n’est plus qu’un souvenir. La plongée d’exploration a pu reprendre et l’ascenseur continue ses aller/retours avec la surface.

Erwan et Quentin récupèrent l'ascenceur

Erwan et Quentin récupèrent l’ascenceur

A bord, pour certains c’est la routine maintenant bien établie : récupération d’échantillons, sélection et manipulations. Pour les autres, à partir de midi, la préparation de la « Nuit des abysses » qui doit se dérouler le soir même bat son plein. Tests de visioconférence avec Brest et Paris, tests de transmission de vidéo… Tout fonctionne, sauf que, comme la veille, la connection avec le satellite est souvent interrompue.

Soudain, en milieu d’après-midi, la nouvelle tombe : VICTOR a perdu l’usage de son bras droit. On pense d’abord à un problème logiciel. On met le ROV hors-tension et on le reboot. Mais rien n’y fait. Après discussion avec l’équipe VICTOR, la décision est prise de le remonter. Il ne retransmettra pas en direct pour la Nuit des abysses.

A 17h, heure bateau, tout le monde est en rangs d’oignons devant la caméra de visioconférence pour la grande soirée. Après une présentation à Paris et Brest, un premier contact est établi avec le bateau, le temps pour chacun de se présenter. On explique la défaillance de VICTOR, et que les images diffusées seront celles d’une vidéo de secours tournée quelques jours plus tôt sur le site Snake pit. S’en suivent 20 minutes d’images féériques diffusées dans les amphis de l’UPMC et de l’Ifremer Brest, mais également sur Internet. Puis c’est le retour au direct bateau pour 40 minutes de questions/réponses. Le temps pour les scientifiques de passer devant la caméra pour adresser un coucou à leurs proches est venu, et c’est la fin de la transmission.

Malgré une antenne défaillante, les 2h se sont passées sans aucun décrochage satellite, grâce à la mobilisation de nos équipes techniques à bord et à Brest

Pendant ce temps, VICTOR est remonté sur le pont, et son équipe est aux petits soins. Il pourra repartir dans la nuit.

27 janvier 2014 – C’est louche

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Nous sommes en station au dessus du site TAG.
Vents : Force 6
État de la mer : agitée 

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A peine arrivés sur le site TAG, Victor est mis à l’eau, en compagnie de l’ascenceur qui contient entre autres équipements la sonde SALSA. Les premières manipulations sont pour la chimie et la microbiologie (prélèvements de fluides dans les bouteilles titane, et prélèvement de fragment de cheminée).

Le site hydrothermal TAG

Le site hydrothermal TAG

Assez rapidement, un problème se manifeste : Victor louche, et à l’oeil coincé en haut à gauche. Sachant que c’est son « oeil principal » qui permet de filmer ses manipulations, c’est comme s’il était aveugle. La décision est donc prise de le remonter.

Une fois à bord, il s’avère que le problème est bénin : un cable s’est coincé, empêchant les mouvements de la caméra. En quelques minutes, c’est réparé, et Victor est remis à l’eau. C’est aussi l’occasion de s’apercevoir qu’il s’approche parfois un peu trop des fluides chauds !

Un petit coup de chaud

Un petit coup de chaud

Sur le fond, un créneau est bloqué pour établir un scénario de plongée pour la « Nuit des abysses« , qui aura lieu demain. Et ensuite commencent 10h d’exploration, à la recherche de sites inactifs dans les environs. Le site TAG est plus simple que Snake pit : il consiste essentiellement en une grosse montagne active depuis 40000 ans.

A bord , on attend les premiers échantillons, et c’est également la répétition générale de la « Nuit des abysses« . La liaison en visioconférence est établie entre le Pourquoi pas ? l’Ifremer Brest et l’UPMC à Paris. Les réglages son et images sont affinés, tout fonctionne.

Répétition générale de la Nuit des abysses

Répétition générale de la Nuit des abysses

On doit ensuite tester le direct avec Victor. Comme celui-ci a momentanément la caméra hors-service, ce sont des images des caméras de sécurité qui sont envoyées. Là encore, tout fonctionne. Nos seules craintes viennent des coupures de la liaison satellite en raison d’une antenne défaillante.

26 janvier 2014 – Sic transit gloria mundi

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Distance parcourue depuis le départ : 1461 milles marins
Vents : Force 7
État de la mer : forte

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Journée de transit. Tout le monde en profite pour préparer les manipulations pour les jours à venir, et également pour se reposer un peu (après tout, nous sommes dimanche !). Comme à chaque fois que Victor n’est pas à l’eau, on en profite pour faire de la bathymétrie pour cartographier la zone de la façon la plus complète possible.

Dans l’après-midi, une réunion est organisée avec toute l’équipe scientifique pour planifier les plongées sur le site TAG que nous atteindrons demain matin à 4h. Le planning est serré et les manipulations nombreuses, avec de fréquentes montées et descentes de l’ascenseur.

Réunion de préparation des plongées sur le site TAG

Réunion de préparation des plongées sur le site TAG

Une plongée bathymétrie MMR est également prévue. Comme expliqué dans l’article « Un dimanche au bord de la mer » il s’agit de faire des relevés à partir de Victor, à environ 50m du fond et non plus du bateau. Ca permet une cartographie bien plus fine une fois les données traitées.

A titre d’exemple, ci-dessous la même zone de Snake pit en trois résolutions différentes : à gauche, la cartographie dont nous disposions en début de mission, au centre, la cartographie après traitement des données recueillies depuis le Pourquoi pas ? à droite, la cartographie après traitement des données recueillies par le module MMR de Victor.

La même zone, avec 3 résolutions différentes

La même zone, avec 3 résolutions différentes

Merci à Anne-Sophie et Pierre pour le travail abattu pour nous fournir ces rendus.

25 janvier 2014 – Dernier tangage à Snake pit

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Nous sommes en station au dessus du site Snake pit.
Vents : Force 6-7
État de la mer : forte 

Journal

Aujourd’hui, c’est le dernier jour sur le site Snake pit. La mer ne s’est toujours pas calmée, et les récupérations de l’ascenseur sont toujours « sportives ». Après un dernier tour de prélèvements d’échantillons, VICTOR part en exploration à la recherche d’éventuels ensembles hydrothermaux inconnus sur Snake pit. En effet, la bathymétrie MMR (cf « Un dimanche au bord de la mer« ) a permis de mettre à jour des zones susceptibles d’abriter des sources hydrothermales. Malheureusement, seul un site inactif est repéré.

De cette dernière plongée, Victor et l’ascenseur ramènent des échantillons faunistiques variés, et également des prélèvements de fluides par Pepito v2.0. Un problème de torsion des poches, en raison des courants, a été repéré qui empêchait le bon remplissage de celles-ci. Notre équipe de choc, formée de Laurent et Philippe, s’est donc penchée sur ce problème. Si tout n’est pas encore parfait, les améliorations sont très notables, et les échantillons bien plus conséquents.

L’équipe écologie examine donc nasses et carottes sédimentaires, les dissections des crevettes en vue d’études d’ADN se poursuivent, et les géologues jouent de la scie sur les roches draguées il y a 2 jours).

Lénaick tamise le sédiment du carotteur lame

Lénaick tamise le sédiment du carotteur lame

La fin de journée est consacrée au repêchage des 2 pièges à particules (pour capturer des larves) largués à l’arrivé sur le site Snake pit. On déclenche à distance leur remontée, et ils regagnent la surface grâce à leurs flotteurs. En théorie. En effet, le deuxième ne fera jamais surface et reste bloqué entre deux eaux à environ 300m de profondeur. Vers 22h, la décision est prise de l’abandonner, le temps étant compté, et le bateau commence un nouveau transit vers son deuxième site d’étude : TAG. Nous l’atteindrons dans 167 milles marins.